Quand nourrir les enfants devient un projet de communauté : l’histoire du partenariat SALSA au Saguenay–Lac-Saint-Jean
Depuis cinq ans, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, un partenariat transforme bien plus que des menus scolaires.
Le projet SALSA (Service d’accès local en sécurité alimentaire) a vu le jour, grâce à un investissement stratégique du Club des petits déjeuners, soutenu par des fonds fédéraux du ministère de l’Agriculture. L’ambition était claire : créer un véritable carrefour de services alimentaires, réunissant une épicerie communautaire, un entrepôt, une cuisine collective et la transformation d’aliments récupérés auprès de commerces et d’agriculteurs locaux.
Rapidement, le Service d’intervention de proximité du Domaine-du-Roy (SIP-DDR), en collaboration avec plusieurs partenaires régionaux – la Direction de santé publique du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’UQAC, la Coop Chambord et la Résidence Labrecque – a développé le volet SAC (Services d’alimentation communautaire). Un maillon essentiel qui permet aujourd’hui d’approvisionner 11 écoles soutenues par le Club au Saguenay–Lac-Saint-Jean, permettant à 1 108 élèves de commencer leur journée avec un repas nutritif, chaque matin d’école.
Des impacts concrets pour les enfants de la région
Le partenariat repose sur une complémentarité forte :
• le Club fournit les sources de protéines;
• le SIP-DDR/SALSA assure l’approvisionnement en fruits, légumes et produits céréaliers.
Résultat : un peu plus de 210 000 petits déjeuners servis aux enfants annuellement, des menus équilibrés, composés de produits locaux, et une vision à long terme visant l’autonomie régionale dans la gestion des programmes d’alimentation scolaire.
De l’expérience au partage : la naissance de La Boîte à suggestions
Cette collaboration a permis de créer La Boîte à suggestions, un guide pratique qui aide les écoles et les communautés à mettre en place des projets d’approvisionnement local pour soutenir l’alimentation scolaire. Ce document est issu d’un projet de recherche mené par l’UQAC, sous la direction de Salmata Ouedraogo, Ph. D., avec l’appui financier de la Fondation Lucie et André Chagnon ainsi que du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie du Québec.
Basé sur l’expérience terrain vécue par les intervenants mobilisés au Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’outil propose des pistes concrètes inspirées de ce qui fonctionne déjà, en s’appuyant sur l’analyse des enjeux, défis et pratiques observés dans les programmes d’alimentation scolaire de la région.
Le Club des petits déjeuners tient d’ailleurs à souligner sa profonde reconnaissance envers l’ensemble des parties prenantes qui ont choisi de bâtir et de documenter ce projet porteur, soutenu avec conviction, tant sur le plan humain que financier.
Apprendre en faisant… et en s’adaptant
Pour Mathieu Laroche, directeur général de SALSA, cette aventure a été riche en apprentissages :
« Mettre en place un service d’alimentation scolaire, c’est beaucoup plus complexe qu’on pourrait le croire. Il n’existe pas de modèle parfait à appliquer partout. Chaque milieu est différent. Ce qui fonctionne, c’est quand on co-construit avec le milieu, pas quand on arrive avec une solution rigide déjà toute faite. »
Un guide pour inspirer ailleurs
La Boîte à suggestions se veut avant tout un outil de transfert d’expertise. Elle contient 12 fiches pratiques, couvrant toutes les étapes clés pour mettre en place un programme d’alimentation scolaire local : gouvernance, opérations, partenariats, menus, logistique, amélioration continue et plus encore.
Un véritable coffre à outils pour les communautés qui souhaitent se lancer!
Un modèle inspirant, profondément humain
Le partenariat entre le Club et SIP-DDR/SALSA démontre à quel point l’ancrage communautaire peut amplifier l’impact des programmes d’alimentation scolaire : infrastructures renforcées, circuits courts, transformation et distribution locale, filet social élargi.
Mais surtout, il crée des moments de connexion inattendus, comme le raconte Mathieu :
« Une résidence pour aînés qui coupe les fruits et légumes, des élèves qui viennent les chercher avec une brouette et les rapportent à l’école… Des sourires, des échanges, des liens. Qui aurait cru que nourrir des enfants rapprocherait autant les générations? »
Et la suite?
Les aspirations sont grandes : régionaliser le soutien, transférer l’expertise ailleurs, intégrer davantage de produits locaux, végétaliser les menus, soutenir les traiteurs et faire évoluer les outils. Parce qu’au-delà des repas, c’est tout un tissu communautaire qui se nourrit et se renforce.